L'un des gestes humanitaires les plus importants de la derniere decennie : accueillir la population venezuelienne
Le contexte dans lequel s'inscrit l'exode sans precedent de la population venezuelienne vers des destinations situees majoritairement dans la region se trouve dans une region accueillante envers l'immigration depuis deux siecles, meme si bien entendu elle n'avait jamais ete ni aussi volumineuse ni aussi soudaine que ce qui a ete observe au cours des cinq dernieres annees, en raison de la profonde crise de la Republique bolivarienne du Venezuela, qui avait auparavant plutot accueilli d'autres migrations

De plus, l'Amerique du Sud est connue pour son ouverture sur les questions migratoires, l'acquisition de la citoyennete et la non-penalisation de la migration irreguliere. Aujourd'hui comme auparavant, le pouvoir executif a ete et reste decisif dans ces questions, meme si cela ne conduit pas necessairement a l'adoption de nouvelles lois. Bien souvent, cela conduit a des normes moins robustes qu'auparavant, la ou existe un nouveau cadre legislatif repondant a de nouvelles dynamiques migratoires a l'echelle regionale. Cependant, deux pays ont rompu avec ce modele d'accueil tiede. La Colombie et le Bresil renforcent la protection de la population venezuelienne en mouvement international.
COLOMBIE
Le HCR a applaudi l'elaboration d'une nouvelle politique du president colombien Duque a l'egard de la population venezuelienne sur le territoire national, la qualifiant d'"un des gestes humanitaires les plus importants de la derniere decennie". Cela se produit au debut de 2021 dans un contexte ou la Colombie partage avec le Venezuela une frontiere terrestre significative de plus de 2 000 kilometres ; elle accueille 1,7 million de migrants du pays voisin, dont la moitie avec un statut migratoire irregulier ; il existe un fort niveau d'informalite et de precarite, 60 % n'ayant aucun revenu sur les marches du travail. Pendant la pandemie, 80 000 Venezueliens sont retournes dans leur pays en 2020, au moins temporairement, et le Venezuela ne dispose pas d'un programme national de vaccination. En resumee, la politique innovante de la Colombie prevoit la regularisation d'une cohorte de 800 000 migrants en situation irreguliere en leur accordant un statut temporaire de protection de 10 ans, incluant la residence. Cela ouvre la voie aux parents venezueliens ayant des enfants dans le pays pour enregistrer ceux-ci comme Colombiens. C'est une mesure hors du commun, avec un impact positif sur de nombreuses vies, meme si elle ne resout pas necessairement le probleme de la propagande anti-migrants ou de la xenophobie. Elle ne regit pas non plus le statut d'autres flux migratoires, tels que les Haitiens, ni les entrees de personnes extracontinentales. En fin de compte, elle affaiblit aussi la figure de l'asile comme reponse a la migration forcee.
BRESIL
A la difference d'autres pays de la region, le Bresil a developpe ces dernieres annees une politique de reconnaissance d'un volume significatif de Venezueliens comme refugies prima facie. On peut en effet se demander pourquoi davantage de pays de la region n'ont pas fait de meme, en rappelant que la region a une tradition d'interpretation extensive de la definition du refugie, consacree par la Declaration de Cartagena (1984), et que certains pays ont integree dans leurs lois internes.
REPUBLIQUE DOMINICAINE
Dans ce contexte, il faut apprecier les efforts importants que la Republique dominicaine a inaugures en 2021, meme s'ils restent en deça des mesures approuvees par le Bresil et la Colombie en ce qui concerne leur portee temporelle. Peut-etre, comme plusieurs autres pays, la Republique dominicaine avait-elle compris que la crise au Venezuela allait se resoudre et qu'il n'etait donc pas necessaire de penser auparavant a des mesures de reponse specifiques. Il convient de rappeler que les Venezueliens arrives recemment n'ont pas pu demander a beneficier du Plan de regularisation (2014/2015), qui exigeait une arrivee dans le pays avant octobre 2011. En outre, les chiffres officiels montrent une augmentation des arrivées de Venezueliens, les autorites dominicaines estimant a la fin de 2019 que plus de 100 000 personnes avaient un statut migratoire irregulier. Il existe actuellement un plan special en cours pour la migration venezuelienne en situation irreguliere, et l'on espere qu'il pourra modifier positivement leur statut, meme s'il n'accorde pas la residence et qu'il ne s'agit que d'un permis d'un an. Il est opportun de mettre en oeuvre ce programme dans la conjoncture actuelle afin de rendre ces personnes visibles et de vaincre toute hesitation qui pourrait exister de la part des autorites ou des migrants eux-memes quant a leur inclusion dans le plan national de vaccination contre le COVID-19.
