Tracer un nouveau chemin : sept jalons d'OBMICA en ces 10 ans d'existence
OBMICA a travaille sans relache, au cours de cette decennie, pour renforcer le debat national en matiere migratoire. Cet article enumere quelques-unes de nos principales realisations. Annuaires.

Annuaires. Pendant sept ans (2011-2017), OBMICA a compile des statistiques sur les flux migratoires vers et depuis la Republique dominicaine et a l'interieur de la Caraibe insulaire ; elle a suivi l'evolution des politiques et pratiques migratoires, ainsi que les droits humains des migrants et de leurs descendants. L'Etat des migrations concernant la Republique dominicaine, dans ses sept editions, est disponible sur obmica.org.
Pour marquer le dixieme anniversaire d'OBMICA, nous lancons un portail interactif qui cherche a rendre agreable et accessible en un clic la navigation dans ces donnees contenues dans sept annees d'exercice imprime de notre observatoire.
Recherche pionniere sur la migration, l'environnement et le changement climatique. OBMICA a mene des recherches originales en Republique dominicaine, en les mettant en dialogue avec des recherches comparatives en Haiti, dans des projets finances par l'UE et l'OIM. La photo ci-dessus en est une preuve.
Recherche originale sur le genre, la migration et les droits humains. Les etudes se sont concentrees sur la violence contre les femmes et les filles migrantes haitiennes a la frontiere, les droits du travail et les droits humains des femmes migrantes haitiennes dans le travail domestique remunere, la traite des femmes dominicaines et haitiennes, ainsi que le genre et le risque d'apatridie pour les descendants nes en Republique dominicaine de migrants haitiens.
Plaidoyer politique au moyen d'instances internationales. OBMICA a contribue a des rapports alternatifs de la societe civile aupres d'instances onusiennes de droits humains telles que l'EPU, la CEDAW, le CERD et le Comite des DESC. Elle a ete la seule OSC dominicaine accreditee au processus d'elaboration des Pactes mondiaux sur la migration, finalises en 2018. Nous avons appuye l'audience de la CIDH en Republique dominicaine en 2018, qui a rendu visible la nouvelle migration venezuelienne a travers l'Amerique latine et la Caraibe et l'urgence d'une reponse humanitaire et globale a cette dite "migration de survie".
Recherche-action pour faciliter l'acces a l'etat civil dominicain pour les enfants de couples ethniquement mixtes. En constatant que les peres dominicains rencontraient des obstacles pour enregistrer leurs enfants lorsque la mere est etrangere ou sans papiers, OBMICA, avec le Movimiento de Mujeres Dominico-Haitianas (MUDHA), a tire des enseignements de l'accompagnement juridique de familles mixtes. Un protocole video (2018) est l'outil issu de cette initiative afin d'aider a mettre a l'echelle cette experience reussie sur le terrain.
Suivi des deportations et du respect de la procedure reguliere. OBMICA a assure le suivi de la migration forcee de retour de ressortissants dominicains depuis les Etats-Unis, initialement avec un clip video lance en 2011 intitule "Donnez-moi l'opportunite". En 2018, avec l'Universite Rutgers, OBMICA a organise un symposium sur les deportations dans les Ameriques, incluant notre propre recherche originale sur les deportations par voie terrestre dans l'ile apres la fin des inscriptions au PNRE.
Un tournant culturel sur la migration haitienne. Les collaborations avec des photographes, videastes, journalistes et experts en etudes culturelles nous ont permis de contextualiser et de recentrer ces themes par le biais d'expositions, du lancement de documentaires, de concerts et de discussions sur la production artistique et litteraire a la frontiere dominico-haitienne.
L'edito de notre directrice : "Il est vital de porter un regard plus pose sur les flux regionaux de migrants qui ont un impact sur notre quotidien"
L'annee 2019 marque le dixieme anniversaire d'OBMICA et ce bulletin, de mars 2019, comporte plusieurs articles qui cherchent a situer le travail de l'Observatoire dans une perspective historique. Bien que nos origines soient liees a des preoccupations concernant les dynamiques migratoires a l'echelle insulaire, il est aujourd'hui vital de porter un regard plus pose sur les flux regionaux de migrants qui ont un impact sur notre quotidien. "Illegal, moi ?" un spectacle de stand-up comedy produit par Miguel de la Cruz et le Venezuelien Lendry Williams a Saint-Domingue en mars, compare l'accueil reserve aux migrants d'Haiti et a ceux du Venezuela en Republique dominicaine. L'ancien chevauche le nouveau. Selon la deuxieme Enquete nationale sur les immigrants (ONE 2018), l'immigration haitienne a maintenu un rythme normal de croissance au cours des cinq dernieres annees tandis que la nouvelle immigration venezuelienne a ete multipliee par sept sur la meme periode. Ce dernier chiffre est coherent avec ce qui a ete signale dans de nombreux autres pays de la region, en tenant compte du fait que ces dernieres annees 3,4 millions de Venezueliens se sont deplaces depuis leur pays vers d'autres destinations, majoritairement dans la region.
Comme on le sait, le Plan national de regularisation des etrangers (PNRE) est arrive trop tard pour cette nouvelle immigration venezuelienne, puisque l'augmentation exponentielle des cinq dernieres annees est survenue dans le pays apres la date butoir exigee par le Plan, octobre 2011. D'autres experiences dans des pays d'Amerique latine et des Caraibes suggerent qu'il est necessaire de faire preuve de creativite quant aux reponses officielles a la situation des emigrants venezueliens. Une note de politique publique de Betts (2019) sur la situation des Venezueliens dans le pays voisin, la Colombie, souligne qu'il importe de caracteriser cet exode de facon adequate. En effet, Betts soutient que la "migration de survie" est un terme englobant des situations dans lesquelles des personnes fuient des Etats en faillite ou fragiles mais ne sont pas reconnues comme refugiees. Quelle que soit l'etiquette, il est important de garantir que tant les Etats d'accueil que les Venezueliens deplaces recoivent le plein soutien de la gouvernance mondiale des refugies, y compris par l'engagement du HCR et l'application au deplacement d'approches fondees sur le developpement, avec un partage des responsabilites a l'echelle internationale tel que prevu par le Pacte mondial sur les refugies et le Cadre d'action global pour les refugies (CRRF). La reponse gouvernementale la plus appropriee a cette population dans le pays reste une question en suspens, sachant que des donnees recentes de l'Organisation internationale pour les migrations etablissent a 89,75 % la proportion de Venezueliens vivant sur le territoire national avec un statut migratoire irregulier.
