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Defis des mobilites sous la COVID-19 : le cas de Trinite-et-Tobago

Par Kamilah Morain, chercheuse associee d'OBMICA.

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Le 12 mars 2020, le gouvernement de Trinite-et-Tobago a signale son premier cas detecte de COVID-19 et a agi rapidement en adoptant des regles de sante publique comprenant l'application stricte des mesures de distanciation sociale, la fermeture de centres d'activite, l'arret de toutes les activites non essentielles, la restriction des libertes civiles et la fermeture des frontieres. A cette date, Trinite-et-Tobago avait enregistre un total de 147 cas de COVID-19, dont aucun ne provenait d'une diffusion communautaire.

Lire cet article en anglais ici : COVID-19 and Venezuelan Migrants in Trinidad and Tobago

Trinite-et-Tobago compte 16 523 migrants venezueliens enregistres et un nombre indetermine de migrants non enregistres sur son territoire. Le HCR et d'autres sources estiment que le chiffre total pourrait se situer entre 24 000 et 34 000 migrants.

Dans sa lutte contre le COVID-19, l'Etat a garanti que tous les services medicaux du pays seraient accessibles tant aux citoyens qu'aux migrants, avertissant que des pratiques discriminatoires contre les migrants dans les centres de sante et les hopitaux conduiraient a une catastrophe de sante publique si des cas au sein de la population migrante n'etaient ni detectes ni traites.

L'action gouvernementale a sans aucun doute sauve d'innombrables vies et permis d'eviter que le systeme hospitalier public ne soit submerge par les patients atteints du COVID-19. Cependant, la stricte reponse publique de l'Etat a eu des effets adverses sur les personnes en situation de plus grande vulnerabilite a Trinite-et-Tobago, en particulier les migrants et les demandeurs d'asile, les conduisant a une situation economique extremement fragile.

Les migrants et les demandeurs d'asile travaillent pour la plupart dans le secteur informel, qui figure parmi les secteurs les plus touches par la fermeture economique ordonnee par le gouvernement pour contenir l'epidemie. Cela a laisse les migrants avec moins de possibilites de generer des revenus. Par ailleurs, leur statut d'etrangers les a rendus ineligibles a l'assistance alimentaire, financiere et au logement de l'Etat.

Inegalites persistantes

La perte soudaine de revenus, conjuguee a l'absence de programmes nationaux d'assistance sociale repondant a leurs besoins, a entraine un risque accru d'expulsion et d'insecurite alimentaire pour les foyers migrants, et beaucoup ont signale qu'ils ne pouvaient rester chez eux conformement aux regles de sante publique a moins de recevoir un certain niveau d'assistance alimentaire ou en especes.

Dans certains cas, la perte de revenus reguliers, combinee a l'absence de filet de protection sociale pour les migrants, a accru les mecanismes et comportements d'adaptation risquee adoptes en particulier par les femmes migrantes. Il a ete signale des arrestations de femmes venezueliennes lors de « COVID parties » a travers l'ile. Les migrants en situation irreguliere ont egalement dit craindre d'etre detenus aux barrages routiers ou aux points de controle policiers pendant le confinement de trois mois alors qu'ils se rendaient a leur travail.

Ces experiences de migrants renforcent le besoin imperatif pour Trinite-et-Tobago d'adopter un cadre legislatif plus complet pour la protection des migrants et des refugies, leur permettant d'acceder et de beneficier des protections dont ils ont grand besoin. Tant que de telles reformes ne seront pas mises en oeuvre, les migrants et les refugies continueront d'etre invisibilises et forces d'assumer des risques inutiles, notamment en cas de catastrophes naturelles et de crises sanitaires comme celle qui est actuellement vecue.

Post-scriptum

Apres la redaction initiale de cet article en juin, Trinite-et-Tobago a enregistre des cas de COVID-19 portant le total a 148. Parmi les 18 cas les plus recents, 4 faisaient l'objet d'une enquete epidemiologique, ce qui indique que les sources etaient inconnues et qu'il pourrait s'agir d'un premier signe de contagion locale ou communautaire au sein de la population. Le samedi 24 juillet, un changement dramatique concernant les migrants venezueliens est apparu lorsque le ministere de la Securite nationale a annonce de nouvelles mesures criminalisant la presence de migrants en situation irreguliere sur le territoire trinidadien pendant la pandemie, en les qualifiant d'indesirables et en declarant que les personnes qui leur fournissent une assistance ou leur louent un logement sont complices de traite des personnes ou coupables du delit d'heberger un immigrant illegal, passible d'une amende et/ou d'une peine de prison.