Des organisations de la societe civile exigent un accord regional pour une plus grande protection des personnes migrantes venezueliennes
11 mai 2018.- Pres de 30 organisations de la societe civile des Ameriques ont demande a la Commission interamericaine des droits de l'homme (CIDH) une plus grande coordination et un accompagnement technique des Etats de la region pour faire face a la crise de la migration forcee venezuelienne.

"Les personnes migrantes venezueliennes en Amerique latine, et la Republique dominicaine ne fait pas exception, se trouvent dans une situation de vulnerabilite", a declare Ana Maria Rodriguez, migrante venezuelienne residant actuellement dans l'ile caribeenne. "Nous ne voulons pas que l'on nous donne quoi que ce soit que nous ne puissions obtenir par notre propre effort. Mais nous voulons un plan d'action concret, avec des procedures judiciaires conformes au respect de la procedure et de la loi, qui ne conduisent ni a des detentions arbitraires ni a des deportations. Nous voulons dire clairement que si nous le pouvions, nous retournerions au Venezuela, mais cela n'est possible ni maintenant ni dans un avenir proche."
Au cours des deux dernieres annees, on estime que plus de 1,2 million de Venezueliens ont quitte leur pays en raison de la grave crise, de l'insecurite et de la penurie de medicaments. En janvier 2018, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les refugies (HCR), 133 574 personnes venezueliennes avaient demande l'asile et 350 861 avaient cherche d'autres formes de sejour a travers le continent americain et l'Espagne. "La crise politique et economique qui se produit a l'interieur du pays, provoquee par une absence de l'Etat, a pousse la grande majorite de ces departs. Cependant, cette situation n'aura pas de solution immediate, meme en cas de changement de gouvernement", a souligne Ligia Bolivar, du Centre des droits humains de l'Universite catholique Andres Bello (UCAB).
"La region n'est pas entierement preparee a ce processus migratoire, et il est prevu qu'apres l'election du 20 mai il y ait un autre pic important de migration venezuelienne", a indique Francisco Quintana, directeur du programme pour la region andine, l'Amerique du Nord et la Caraibe au Centre pour la justice et le droit international (CEJIL). Dans ce contexte, les organisations petitionnaires ont souligne que les pays d'Amerique latine et des Caraibes, ainsi que les organisations internationales, ont besoin d'un plan d'action clair et concret garantissant les normes les plus elevees de protection en matiere de droits des migrants, des refugies et des demandeurs d'asile, ainsi que des droits economiques, sociaux, culturels et environnementaux.
Les petitionnaires ont en outre fourni une analyse plus approfondie du contexte et des risques auxquels cette migration est confrontee sur le continent et dans la Caraibe, en mettant en avant la situation des femmes, des enfants, le manque d'acces a la documentation et a l'education, la militarisation des frontieres et le refoulement des migrants, la traite, le trafic de personnes, le travail force et l'exploitation sexuelle, l'esclavage, ainsi que les systemes de regularisation et de visas pour les migrants, entre autres points.
"Les taux de rejet ou d'irrecevabilite des demandes d'asile sont beaucoup trop eleves. Par exemple, en Colombie, sur 2 073 demandes, 57 ont ete approuvees ; en Equateur, sur 2 322 demandes, six ont ete admises. Cela, qui se repete dans tous les pays, montre la necessite urgente d'offrir une protection speciale, effective et durable", a declare Guillermo Rovayo, de la Mission scalabrinienne de l'Equateur.
Compte tenu de cette situation, il a ete demande a la CIDH de lancer un appel en faveur d'un plan d'action concret qui approfondisse les Pactes mondiaux sur la migration ; d'orienter l'utilisation de la SACROI (Salle de coordination et de reponse rapide et integree) sur le Venezuela, deja existante au sein de la CIDH, afin : 1) de surveiller la situation des personnes migrantes venezueliennes ; 2) de collaborer a l'identification de l'ampleur du probleme ; et 3) d'integrer une approche fondee sur les droits permettant egalement d'apporter une assistance technique aux Etats ; et de travailler conjointement avec le systeme des Nations Unies sur les droits des personnes migrantes et refugiees.
