Editorial du bulletin OBMICA decembre 2022
Au cours de la derniere decennie, les denonciations d'exploitation du travail des travailleurs migrants, et meme de travail force, se sont generalisees. En 2014, des syndicats internationaux ont depose une plainte aupres de l'OIT contre l'Etat du Qatar, alleguant que le pays ne resolvait pas les violations des droits du travail.

Tout au long de la derniere decennie, les denonciations d'exploitation du travail de travailleurs migrants, et meme de travail force, se sont generalisees. En 2014, des syndicats internationaux ont depose une plainte a l'OIT contre l'Etat du Qatar, alleguant que le pays ne remediait pas aux violations des droits du travail.
Apres une periode d'intenses negociations, l'Etat du Qatar et l'OIT ont convenu d'un programme et l'ont mis en oeuvre afin de promouvoir d'importantes reformes du travail. Les mesures adoptees ont deja ameliore les conditions de travail et de vie de centaines de milliers de travailleurs, meme si d'autres actions urgentes restent necessaires pour que tous puissent en beneficier. En 2020, des modifications ont ete introduites dans le systeme dit de la Kafala (systeme de parrainage), grace auxquelles les travailleurs peuvent desormais changer d'emploi a tout moment moyennant un preavis pouvant aller jusqu'a deux mois. Un autre changement est que les travailleurs migrants, y compris ceux qui exercent le travail domestique, ne sont plus tenus d'obtenir un permis de sortie approuve par l'employeur pour quitter le pays. Ces changements importants dans la legislation du travail du Qatar ont considerablement reduit la vulnerabilite des migrants au travail force, due au controle excessif que les employeurs exercaient sur leur vie. Cependant, les travailleurs continuent d'eprouver des difficultes a quitter un emploi pour en rejoindre un autre, car certains employeurs vont jusqu'a prendre des represailles telles que revoquer le permis de residence du travailleur ou deposer contre lui une plainte pour "fuite".
Les besoins de la recente Coupe du monde de football au Qatar ont exige de nombreux travailleurs migrants dans la construction, entre autres, qui ont ete exposes a des situations de travail tres dangereuses dans lesquelles on estime que pres de six mille personnes ont pu perdre la vie depuis que le Qatar a obtenu le droit d'accueillir l'edition 2022 (Guardian 2022). Ce n'est pas nouveau. Souvenons-nous de la situation au Bresil, ou des milliers de travailleurs migrants haitiens se sont efforces de travailler dans la construction avant la Coupe du monde 2014 a Rio de Janeiro et dans d'autres villes bresiliennes. Ils ont d'abord beneficie de la politique des portes ouvertes apres le deplacement force de nombreuses personnes haitiennes suite au seisme de 2010 en Haiti. Independamment de la rotation du pays hote pour ce type d'evenement sportif mondial, et meme si nous savons deja qu'en 2026 l'honneur d'organiser la Coupe du monde de football sera partage entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, il faut continuer a relever les normes de respect des droits du travail des travailleurs, en particulier des migrants, qui participent a la construction des installations a la mesure d'un evenement de cette ampleur.
